SoOuest.

So Ouest à Levallois Perret, nocturne le vendredi soir. A partir de 18h, le parking est assailli par des files de voitures révélant la mixité du peuple consumériste parisien qui vient régulièrement soulager les frustrations d’un désir aux multiples raisons ou mobiles. Les grandes « Mercedes » marquent le pas devant les Renault Kangoo, les Combi Citroën ou les mini-Smart. Les bus flambant neufs, hyper luxe, affrétés par le consortium des boutiques et des grandes enseignes se succèdent déchargeant des gros avec de grands cabas, des juvéniles casqués d’écouteurs reliés à leur Smartphone, des élégantes ralentissant le débit pour ne pas froisser leur mise en plis, leur tenue de fin de semaine et des grappes d’enfants suspendus à des mères black ou métis.

C’est dans le hall central que l’on peut observer le flot humain : un fleuve et ses affluents irrigant l’immense continent de marbre où sont présentés, rangés, mis en scène objets de besoins, supports de rêves, substituts de jouissance. Là ? La célèbre enseigne anglaise pour s’offrir un transfert vers un Harrods londonien, ici ? « Nature et Découvertes » pour s’inventer des aventures en Amazonie, ailleurs, le nouveau Nails-Center à la japonaise pour restaurer des mains de week-end aux réceptions programmées ou vivre de longues nuits aux secrètes rencontres.

Tout au bout du hall se dirige la majorité de la foule – c’est le supermarché – l’arène de l’abondance, le lieu où chacun s’affiche sans amour-propre, sans crainte du regard discriminant de ses pairs en fête marchande. Un jeune couple harmonise les couleurs d’un bouquet célébrant la première soirée dans le nouvel appartement HLM. . Un mec à l’automne de son potentiel physique hésite devant les cosmétiques masculins puis sourit de son choix d’un produit exfoliant de cellules mortes et de points noirs. Des gamins testant des mobiles ou des ordinateurs, des fans d’éphémères candidats de l’émission « The Voice » fouillant des bacs de Cds, une bande de loubards embarquant leurs bombes de peinture pour les tags de la nuit sous les ponts, les parkings et le métro. Chacun s’affère au milieu des caddies poussés par d’ambulants solitaires, excités par des pulsions de superflu dans un agrégat humain, anonyme et disparate…

Peu à peu un fond sonore grandit, une intensité de mouvements en tous sens crée une pression nouvelle. Bientôt l’heure de la fermeture. Tous s’activent vers les achats du nécessaire après avoir flâné dans les allées de la fantaisie ou de la nouveauté: stands de fromages, viandes, fruits et légumes. Dans cette agitation une petite dame, la soixantaine largement dépassée, se dirige avec un chariot, presque débordant, vers les caisses. Elle avance concentrée vers la file prioritaire. Derrière elle, cinq ou six personnes attendent qu’elle déballe toute sa marchandise. Elle prend soin de ranger chacun de ses achats au fur et à mesure du compostage de la préposée à la caisse. Elle lui sourit, lui témoigne son admiration pour sa patience à cette heure de pointe. Une fois l’addition imprimée, elle se saisit du ticket et désignant un de ses jeunes suivants, elle s’excuse : « Mon fils complètera avec ses propres achats ». Le jeune homme dans le brouhaha ne peut saisir le propos mais fait un signe de sympathie à la vieille. La caissière, confiante, reprend la note de papier et consent à laisser filer l’aimable cliente.

Deux minutes plus tard, à la première rangée du parking, une voiture Renault 5 s’en va. Un vieux couple malin se prépare à la fête. C’est jour de chance.

 

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