A côté de Charlie

On fait circuler les passants et les voyageurs, j’arrive d’un autre monde. Visages fermés et inhibés, les polices de l’aéroport inspectent tristement et s’insupportent devant l’immobilisme des badauds, des paumés du jet lag. Je circule donc. La vie me pousse sans ménagements vers un drame sans nom. Je connecte, je glane en surfant les bribes d’un massacre. Je ressens le grand froid des noirceurs de l’histoire.

On a fusillé, quelque part dans Paris, l’intime de nous, le ferment de l’utopique tolérance entre couleurs, âges et idéologies : des candides impudiques, piments contre nos conformismes, artistes du rire impertinent. « Charlie » !

Tout ce que je méprise est à cru. Le minerai de la haine a manipulé des êtres vulnérables et crédules. Ils ont bombardé à la kalachnikov le spirituel laïc de nos vies. J’éprouve la souillure dans ma tête blessée et les mots ne sont que de pâles reflets de ma rage et de ma souffrance… Saboteurs, craignez nos regards qui crypteront sur vos fronts et vos tracts le tatouage de votre vrai nom : la honte. Vous avez osé l’assassinat, blessé les viscères d’un peuple. Mais son cœur bat plus fort, son esprit s’est envolé plus haut que les armes et répand sur la terre entière  le feu ragaillardi de nos libertés.

J’ouvre les portes de ma mémoire.

Ceux qui sont morts tués par balles ne se taisent pas,

Ils attendent qu’on vienne avant l’oubli. Ils soufflent sur notre âme :

« Prend-nous sur ton sein. Notre esprit respire encore !

Entend l’humour effronté qui dénonce l’impuissance de la violence

Face à l’invincible crayon de la caricature. »

Je n’oublierai rien, jamais. Je ne faiblirai pas.

J’’écrierai  contre les ravageurs à l’heure où la lumière triomphe des cauchemars.

Courez le dire le long des voies, des places et des forêts, dans les enceintes des débats et des prières.

J’écrierai pour Charlie à cause de tant de larmes versées sur votre mort, tant de liberté déliée et tant de douleur partagée.

J’écrierai pour le deuil des plaies des générations qui se sont levées et pour la trace de la mort qu’il faut nier.

J’écrirai pour le temps qui va, désormais lourd de l’humus de votre histoire,

Trop longtemps à côté de la mienne.

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